
Congo Brazzaville : le risque dune pérennité dictatoriale
En dépit de toute vraisemblance, la résignation et le doute semblent prendre le pas sur la volonté et la détermination de vouloir changer les choses.
Quelles sont les raisons réelles de notre passivité face à cette réalité insoutenable ? Est-elle inévitable ? Cache-t-elle un calcul politique ou une absence danalyse politique ? Est-ce une résignation à la domination de lempire de Mpila ? Ou une attente pour mieux contre-attaquer ? Que devrions-nous faire idéalement et que pouvons nous encore faire réellement ?
Pour répondre à cette kyrielle de questions, jai opté pour une démarche qui emprunte tout autant à lobservation quà la réflexion pure.
Au hasard, deux exemples de dictatures qui nous édifient non seulement sur la nocivité de ces systèmes, mais encore nous donnent une idée sur leur capacité à se pérenniser.
Plus proche de nous; celle de Mobutu dont les 32 ans ont apporté la déliquescence que nous connaissons. Le temps nécessaire pour mettre un pays en miette.
Plus emblématique; celle du Commandante en Jefe Fidel Castro de Cuba qui semble défier toutes les lois de la dialectique et sadapte allègrement à tous les bouleversements internationaux.
Soyons réalistes : le MCDDI a vendu son âme à la dictature de Sassou, lUPADS est dans un état comateux avancé, LURD-Mwinda na pas les ressources nécessaires pour renverser seul la vapeur. Les nouveaux petits partis nont aucune marge de manuvre car nés pour la plupart de plates logiques redistributives des réseaux dappartenance ou des faire-valoir du pouvoir et non des dynamiques démocratiques endogènes avérées. Tous les ingrédients du pessimisme sont réunis. Dailleurs, il nexiste aucune corrélation entre le nombre de partis dans un pays et la certitude dune alternance démocratique.
Ce tableau hideux dessiné par lopposition, ouvre un véritable boulevard pour la perpétuation de lune des dictatures les plus rétrogrades dAfrique. La machine à truquer les élections, mise en branle autour de lidée de la refondation du PCT, sonnera le glas de lespoir dune alternance démocratique. La démarche de Ngouélondélé est, à plusieurs égards, respectable. Cependant, je reste dubitatif quant à son efficacité face aux pratiques dun pouvoir qui manie lintrigue comme sa langue maternelle.
La nuée des ralliements qui se bousculent au portillon de sa cause, procède manifestement dune réelle urgence du changement. Mais de quel changement parle-t-on ? La vieille classe politique semble singénier à perpétrer une fois de plus, un véritable « hold-up » en faisant main basse sur la démocratie de linévitable ère de laprès Sassou. Autre motif de désespoir : le témoignage de lhistoire nous rappelle chaque jour quaucun tapage médiatique na précédé le renversement dune dictature : ATT a permis au Mali de jeter les bases dune démocratie exemplaire en Afrique noire, par le doigté et le bon sens. Kabila père est venu à bout de la redoutable dictature de Mobutu parce que le vieux « Nkoyi » était malade et privé de ses généreux soutiens extérieurs qui le considéraient comme « rempart au communisme » depuis son accession au pouvoir. Malgré cette victoire de Kabila, la RDC a du mal à se relever.
Renvoyant aux calendes grecques les préoccupations des congolais, Sassou ne sest attelé depuis son retour aux affaires quà lélaboration des stratégies relatives à la conservation du pouvoir. Une constitution taillée sur mesure, consacrant une dictature constitutionnelle, un parlement croupion, un affermissement des relations par des accords de non agression avec le syndicat des dictateurs dAfrique Centrale et dailleurs (OBO, Deby, Dos Santos, Bozizé), une réactivation des réseaux pour lélection à la tête de lUnion Africaine et peut-être bientôt une incroyable reconduction, toutes ces manuvres dilatoires ne visent, à nen point douter quun but : la pérennité de cette dictature odieuse.
Luvre dAlexis de Tocqueville nous permet de jeter un regard approfondi sur les turpitudes du clan de Mpila. Ce brillant penseur politique français du XIXe siècle avait en effet observé quune société se battait dautant plus contre lautorité que le niveau de satisfaction des besoins y était élevé. En dautres termes, les revendications se font plus agressives quelles ont déjà été largement couronné de succès, et surtout lespérance de conquérir des avantages toujours supérieurs ne paraît pas illusoire, ce qui suppose un acquis substantiel de prospérité et de liberté.
Le préjugé répandu selon lequel un détenteur de pouvoir devrait déguerpir sous prétexte que ses sujets sont mécontents, meurent de faim ou de maladies, est une élucubration fantasque dont lhistoire humaine atteste de la triste rareté. La capacité de survie dun système dictatorial ne dépend donc pas de son aptitude à satisfaire les besoins de ses membres, mais peut on être tenté de dire, de lintensité du mépris à légard de son peuple. Un système devient dautant plus périssable quil résout davantage de problèmes, et sa longévité dautant plus assurée quil en résout moins.
En effet, ce nest pas la stagnation ni la régression qui engendrent les révoltes, cest le progrès, parce quil a engendré tout dabord les biens grâce auxquels les révoltes ne sont pas vaines.
Cette « loi » tocquevillienne nous permet de comprendre la déconcertante aisance avec laquelle lopposition, dirigée par Sassou en 1997, avait exigé et obtenu du régime Lissouba la mise en place dune Commission Nationale Indépendante. Subséquemment, on comprend que lon ne veuille pas céder aux autres, ce que lon a soi-même obtenu facilement par le passé. Plus légalité se renforce, plus les revendications dégalité sexacerbent. Sous Lissouba donc, bien que le décollage économique fut encore hésitant, leuphorie du contexte démocratique naissant paralysait à des degrés divers certains secteurs de léconomie par des revendications toujours plus grandes.
Pendant cette mandature, linterprétation de certains articles de la constitution de Mars 1992 par les uns et les autres, avait donné lieu à des échauffourées qui risquaient de mettre, à tout moment en péril, les fondements de cette démocratie. Or, il est un truisme que, de façon permanente et flagrante, Sassou violait sa propre constitution, notamment en créant ex-nihilo, un poste de Premier Ministre. Personne ne sen émeut, outre mesure.
Comme toutes les dictatures, celle de Sassou a ceci de paradoxal : elle est la négation absolue de la démocratie, mais parvient à se présenter comme son perfectionnement. Quand léconomie va mal, la démocratie réduit sous la pression des représentants du peuple, les dépenses de prestige et les dépenses militaires, une dictature les augmente. La construction du mausolée de la honte à plus de 10 milliards de Fcfa ou lassouvissement de ses ambitions mégalomanes en construisant laéroport militaire dOllombo sont des réalisations qui ne visent que lembellissement de limage de Sassou, au mépris des principes élémentaires de lorthodoxie financière.
Le Congo na jamais été aussi riche, avec des recettes pétrolières qui ont littéralement explosé au point de défier les prévisions les plus optimistes. Et pourtant, lexistence des congolais est devenue chaque jour plus aléatoire : lélectricité, leau potable, la santé sont des denrées rares et une misère sans précédent sinstalle avec entêtement. Le clan au pouvoir nargue ce peuple désarmé qui ne sait plus à quel saint se vouer. La prolifération des Eglises dites de réveil, encouragée à dessein par le pouvoir pour anesthésier le peuple, et la consommation exagérée dalcool, nassurent plus leur rôle de soupapes de sécurité. Il ne nous reste plus quà constater les dégâts : une évidente corrélation entre cette détresse ambiante et laugmentation des maladies mentales.
On a vu les dégâts causés dans la mémoire collective des congolais, le bombardement de Bacongo par le régime Lissouba, un acte grave certes, mais insignifiant à comparer au nettoyage ethnique opéré par les services de Sassou en Décembre 1998 à Bacongo et Makélékélé. Aucune image, donc pas dincidence dans lopinion. Les révélations rétrospectives, nont que peu de valeur pratique. Le choc émotionnel, lindignation, lhorreur causés par une atrocité ne seront jamais les mêmes selon quon apprend les évènements à chaud et « en direct », ou après coup et « en différé ». Aucune démocratie, même la plus vertueuse naurait survécue après une telle barbarie. Or, les borgnes politiques, ont flétri la démocratie, en inventant la parade de renvoi dos à dos. On assiste alors à une obsession binaire, une symétrie des apocalypses, la manie du couplage, légalitarisme sourcilleux, qui veillent à ce que les deux plateaux de la balance se répondent dans un équilibre de lhorreur.
Quand tout le monde est coupable, en effet, plus personne ne lest ; sauf le régime démocratique, puisquil na pas les mêmes excuses à faire valoir que son rival, ne se souciant pas, comme lui, de bâtir une société plus juste.
Les séances de lavement de mains ou dautres rites absolutoires, sont des procédés dont la fonction est de relativiser le mal, c'est-à-dire, en fin de compte de lexcuser.
Le peuple congolais désabusé, nattend plus rien de ce régime ; un régime quil na jamais véritablement porté au pouvoir, un régime équipé pour le mensonge, la dissimulation, lintimidation. On ne peut tenir tête à un tel régime quavec les mêmes armes, et les démocrates nen ont pas. Il va falloir les inventer. En simposant au peuple congolais par les armes, Sassou avait de facto refusé de signer ce contrat social qui doit lier un Président démocratiquement élu à son peuple. Lamélioration des conditions de vie du peuple, donne de la noblesse à laction dun homme politique ayant reçu un mandat à travers des élections libres et transparentes. Mais comment Sassou pourrait-il violer un contrat social quil na jamais signé ?
Lidée selon laquelle un système rétrograde comme celui de Sassou devrait seffondrer et faire place à un autre plus viable, parce quil est incapable de faire vivre dignement ses compatriotes, ne peut venir que dun démocrate. En raisonnant de la sorte, on prête à tort au régime totalitaire les principes régulateurs et lunivers mental du système démocratique. Une fois de plus, cest une erreur que de prêter une logique démocratique à un système totalitaire. Or, Sassou na rien dun démocrate, il est urgent de sen rappeler !! Il na quune passion : lui-même, et une religion : le pouvoir.
Quelles solutions alors ? Le prolongement de la tendance actuelle, confirmera la progression de la dictature de Sassou dont les faiblesses et les échecs internes ne suffiront pas, lexpérience la prouvé, à faire cesser la marche en avant. En tout cas, les dispositions démocratiques (élections, Commission Nationale Indépendante etc.
) dont on nous tympanise régulièrement, ne nous ne tireront jamais de ce mauvais pas. Elles nont simplement pas cours dans une dictature. A Ngouélondélé est ses comparses, la balle est dans votre camp. « Essa E Louo ».
Djess dia Moungouansi
Cet article a été publié sur les sites suivants :
http://www.mwinda.org/article/djess.html<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>
http://www.congoplus.info/tout_larticle.php?id_article=1375