Mais, où se trouve donc le talon d’Achille de Sassou ?
L’histoire des pays d’Afrique du Nord qui défile stoïquement sous nos yeux, est riche en enseignements : tout autocrate a donc un talon d’Achille ; un maillon faible inhérent à ce mode de gestion conçu pour opprimer leurs peuples. Heureusement. Au Congo, comme ailleurs, les pouvoirs qui ne s’occupent qu’à élaborer des stratégies pour durer, renvoyant aux calendes grecques les préoccupations des populations, sont d’une extrême fragilité qui n’a d’égal que le mépris qu’ils ont à l’égard de leurs concitoyens.
Tous ces pouvoirs si redoutés par la terreur qu’ils sèment, auraient-t-ils alors un ou plusieurs maillons faibles ? Comment peut-on affaiblir de leurs sources de pouvoir ? En réalité, après avoir sonné le tocsin, comment sonner le glas d’un système dépourvu de toute souplesse d’adaptation et inapte à toute évolution?
Enfin, le dernier point relatif au nerf de la guerre est d’une importance capitale. Pour fragiliser une dictature, et lui porter le coup fatal, il faut en priorité « taper là où ça fait mal ». Agir sur la rente pétrolière, source de financement essentielle du pouvoir pour imposer des mesures coercitives au gouvernement congolais, résume l’essentiel du travail de nos deux infatigables compatriotes : Christian Mounzéo et Brice Makosso. Mr Portella, dans les limites de ses prérogatives religieuses y apporte une contribution d’une valeur insoupçonnée.
A travers l’Initiative de Transparence des Industries Extractives ( ITIE) proposée en Octobre 2002 à Johanesbourg par Tony Blair, on impose une action directe et conjointe entre les gouvernements, la société civile, les entreprises et les investisseurs au développement et à la gouvernance de l’Initiative, avec le soutien technique et financier des IFI. Même si les structures de gouvernance de l’Initiative au Congo n’ont été mises en place qu’en 2007, on ne peut pas encore être euphorique d’autant qu’en 2010, un écart abyssal de 32% a été constaté entre les chiffres de versements déclarés par les pétroliers et ceux du gouvernement congolais, encore hostile à une gestion orthodoxe. Les mauvaises habitudes ont la peau dure !
Cependant, au fur et à mesure, la coalition « Publiez ce que vous payez » (PCQVP) devient un véritable carrefour de pouvoir. Elle permet aux corps constitués d’agir collectivement dans le cadre de l’encadrement et de la mise sous tutelle de la rente pétrolière qui est l’instrument de corruption par excellence. Cette coalition a obtenu un certain nombre de recommandations relatives à la transparence des recettes pétrolières. Partant du principe qu’il n’y aurait jamais un seul corrompu sans corrupteur, des action ciblées et efficaces sont menées sur trois fronts (Gouvernement congolais, France et gouvernement du Nord, IFI). Et la marge de manoeuvre du régime de Brazzaville pour siphonner des recettes pétrolières, se réduit chaque jour comme peau de chagrin.
Toutes ces actions, comme vous l’avez deviné, visent à porter un grand coup à la capacité de corruption de ce régime qui a fait de l’achat des consciences, de la distribution des prébendes pour acheter la paix sociale, des véritables les leviers pour la poursuite de leur besogne anti –démocratique.
La phase crépusculaire des dictatures va se prolonger, et aucun dictateur ne sera épargné. En infligeant tant d’abjections à son peuple, le système Sassou génère des ingrédients de sa propre destruction. La geste du clan d’Oyo qui confisque tout bonnement tout l’espace du pouvoir, en avalant l’espace politique, procède de l’élaboration d’un véritable plan de carrière familial, pour une dévolution monarchique du pouvoir. Le coup d’arrêt de la privatisation de tout un Etat par cette famille gloutonne, est un grand défi qui s’impose au peuple congolais. Mis dos au mur, par dignité, il est dans l’obligation de le relever par tous les moyens. Ce pouvoir autiste l’apprendra à ses dépens : lorsqu’on étouffe l’humanité d’un peuple, on libère son animalité.
Djess dia moungouansi