
Institutions moribondes ou « homme fort » ? <o:p></o:p>
Sadressant aux africains, dans un discours sans équivoque à Accra, Barack Obama rappelait : « LAfrique a besoin dinstitutions fortes et non des hommes forts ». Plus prolixe sur la question, lacadémicien André VANCHEZ avait déjà donné le ton : « Si rien ne se fait sans les hommes, rien ne dure sans les institutions ». Difficile de dire mieux !
Inexorablement, notre pays séloigne chaque jour des deux principaux piliers dun Etat de droit à savoir, la démocratie et <st1:personname productid="la R←publique. On" w:st="on">la République. On</st1:personname> mesure avec impuissance la quantité du sérum de cynisme qui a pénétré les veines de nos institutions pour que nulle clameur ne reprouve les agissements de Gérard BITSINDOU, Président de <st1:personname productid="la Cour" w:st="on">la Cour</st1:personname> constitutionnelle. Le caractère suprême des décisions de <st1:personname productid="la Cour" w:st="on">la Cour</st1:personname> en droit interne, rend dautant plus délicate la mission de ses membres dont les conditions de désignation devraient être assez encadrées, tant par les exigences de compétences, que de grandes probité et moralité. La nôtre, dont la mission a été simplement dévoyée, est réduite à un organe à la merci des caprices de lhomme fort de Mpila. Au bout du compte, le citoyen et lhomme politique sont amenés à considérer lEtat comme un réseau de relations et non pas comme un ensemble de fonctions devant être remplies de manière neutre et objective. On séloigne des vertus des mécanismes démocratiques qui doivent servir à exprimer des attentes différentes quant à lavenir de la cité, car, il ny a pas de « politique » sans la libre confrontation de ces attentes.
Les élections calamiteuses de juillet 2009 ont fini par faire le lit de lautocratie, de larbitraire et de la captation des fonds publics par le clan de lhomme fort de Mpila, tout en dressant un persistant obstacle à la formation dune légitimité des institutions représentatives. Cest avec une aisance déconcertante que ce régime sans réelle légitimité, déstabilise les membres de lopposition pour une ténébreuse affaire de coup de feu qui serait tiré lors des manifestations du 15 juillet 2009. On arrive peu à peu à une espèce de démission collective qui ruine la volonté populaire et lempêche de réclamer des institutions susceptibles de protéger les citoyens.
En faisant table rase sur les acquis de <st1:personname productid="la CNS" w:st="on">la CNS</st1:personname> , les dirigeants actuels se sont doté en 2002 d'une nouvelle constitution, taillée sur mesure. Cependant, les rédacteurs de la dite constitution étaient beaucoup guidés par l'obsession de la stabilité politique qu'incarnerait un « Homme fort », en rejetant tout bonnement aux calendes grecques, la mise en place d'un climat propice à l'éclosion des valeurs, par une paix juste. Cette constitution confère au Président de <st1:personname productid="la R←publique" w:st="on">la République</st1:personname> une posture quasi monarchique plus ou moins souhaitée à lissue dune guerre, mais qui est devenue de plus en plus archaïque.
Tout est donc mis en uvre pour encourager lopinion à sen remettre à un Prince plutôt quà accorder sa confiance à des institutions qui par définition sont abstraites. Cette situation entraîne une personnalisation du pouvoir, faisant ainsi de lombre aux mécanismes représentatifs et sapant toujours plus leur nécessaire légitimité.
Si un chef de tribu, Président de comité, Patron de petite entreprise, ou un Meneur de bande peut exercer tout seul le pouvoir dans un petit groupe social, le pouvoir se divise nécessairement entre plusieurs gouvernants dès que le groupe s'étend. C'est vrai pour un Etat. Un gouvernement au sens large du terme est cet ensemble de gouvernants, cette petite communauté dirigeante à l'intérieur de la grande. Or, en dépit de l'hypertrophie de la cour mpilienne ( pseudo conseillers, ministres, autres collaborateurs adeptes de l'allégeance etc..), Sassou semble être isolé en tout point, d'autant plus que tout repose exclusivement sur lui.
Il a mis en place un système dans lequel il serait le seul à générer les idées et à les exécuter. Comme il n'a aucune ambition pour son pays, il ne fait ni l'un ni l'autre. De même, ceux qui devraient jouer leur rôle dans l'initiative et dans l'exécution, ne le font pas ; et pour cause, ils sont relégués dans des tâches qui relèvent de la pure sinécure. Résultat des courses : la culture rétrograde du « Ledza lenua » a pris le dessus sur les principes élémentaires de gestion de la cité.
Or, nous avons un système rigide, difficile à améliorer sans heurter les intérêts du clan des prédateurs. Et loin de consolider des perspectives intéressantes pour la jeunesse, le Congo assiste impuissant, à la fuite des cerveaux. Les cadres et intellectuels congolais brillants, compétents et honnêtes ont été laissés au bord de la route, les uns tombant dans les consolations dérisoires de l'alcool, les autres repliés dans celles plus douillettes des organisations internationales, l'errance dans les capitales occidentales, laissant écurés, le Congo aux arrivistes pressés et affairistes.
Pour terminer sur une note positive, je reste persuadé que ce n'est pas le temps que prendrait la mise en place des institutions fortes qui compte. En fait, la construction d'une véritable démocratie dans notre pays sera une uvre de longue haleine, nous devons donc mettre tous les atouts de notre côté pour conjurer cette fois -ci les affres de Sisyphe, condamné à faire rouler sur la pente d'une montagne un rocher retombant toujours avant d'avoir atteint le sommet.
Djess Dia Moungouansi.
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